Palais de Mari, cour du temple d'Isthar

- Seigneur Shamash, les hommes-scorpions qui habitent les monts de l'Est et défendent les approches ont ouvert, ce matin, la porte aux lourds vantaux.
- Seigneur Shamash, le nom de cet enfant signifie "Porte du Dieu". Nous te le présentons comme l'animal de sacrifice.


Le parfum enivrant des devins envahit les narines de Bab mais il était seul devant les impitoyables.

- Anon, fils d'ânesse, On va te montrer la peur bleue! Tu veux offrir ton sang à notre belle déesse?

L'oeil du barû lui parut foudroyant comme l'éclair du dieu Adad. Le devin mêlait des chants ésotériques et incantatoires.


"Barû-apilû-fou" pensa l'enfant.

L'apilû semblait plus calme.
Pourtant, il avait une attitude étrange. Il portait la hache du dieu Sin.
Entre paroles et chants, le registre vira au ton du commandement.
La voix tonitruante du barû déchirait les oreilles:

Ô lion illumination des étoiles
Ô lion, je verserai des mots dans la potion
ration- fiction- action-nation-pion


- Scorpion ! Scorpion !

Illumination d'Ishtar! Ces mots sortis de l'épaisse obscurité des ardeurs de la vie furent suivis
Par fracas patatras
de bronze.

Bab comprit qu'il était sauvé par des mots, les siens. Il s'échappa sans plus attendre, plantant les devins devant leur turpitude.

- Reviens scribouillard, c'était pour rire!
- Peur bleue les devins! Voilà.

L'enfant tremblait comme tous les rescapés. Se sentant seul et exclu, l'exilé de l'amour traça dans la poussière, les deux traits qui se joignent comme le signe d'un affrontement.
Manuscrit page 37