Vous
abordez la fin de la traversée du désert. Une paix fragile s'est
instaurée entre Babilim et les devins. J'avais passé contrat
avec eux jusqu'à l'étape de Qatna. J'étais inquiet pour
l'enfant. Lui, ne pensait qu'à sa mère qu'il n'a jamais revue
depuis sa déportation.
Ils sont sur la route d'Ebla en ce moment et vous
êtes à la page 127 du manuscrit.
"-
Les portes d'Ebla sont fermées aux scellées après le coucher
du dieu. Si nous voulons dormir dans la ville, il faut partir très tôt.
La caravane progressait depuis quelque temps au pied
des collines du Djebel Zawiye à l'ouest du royaume. Les collines étaient
plantées de vignes et d'oliviers où s'affairaient les paysans.
Les hommes avançaient prudemment au milieu des pâturages de grands
bovins. Les mouches les assaillaient au visage mais les devins étaient
imperturbables tant ils paraissaient préoccupés par les alentours.
Ils firent arrêter la caravane.
- Nous avons encore trois heures de marche. Si des
buffles chargent dans notre direction surtout, ne fuyez pas. Le buffle vous
rattrapera et vous piétinera. Il vous donnera des coups de tête
et de cornes, ensuite avec l'onglon de son sabot vous recevrez le coup de grâce.
- Babilim, écoute ce que je vais te dire :
Si les buffles nous chargent, tu viens immédiatement te placer entre
Num et moi, nous te protégerons."
Pendant la traversée du champ, les nerfs des
devins étaient à vif sous le couvert de leur masque de visage.
Num Gugu avançait à reculons pour surveiller les arrières.
Bab ne pensait pas à la charge des grands bovins, il savourait comme
du petit lait les paroles du devin.
L'intelligence de Bab et son désir de paix n'étaient
pas aveuglés par les paroles du devin. Il savait qu'il calculait sa propre
sauvegarde mais peu importe, pensait le jeune homme.
La traversée du champ se fit sans encombre.
La caravane reprit un chemin plus sûr le long
des collines à l'abri des arbres. Au loin, ils voyaient se découper
sur le ciel pur, le promontoire de l'acropole d'Ebla couronné au sommet
par le palais royal. Ils distinguaient déjà les grands quartiers
de la ville accrochés aux flancs de la colline
où vivent les équipes d'esclaves employés dans les ateliers
du textile. Bab savourait par avance
la montée des marches de l'escalier qui conduisaient aux quartiers administratifs
où habitait sa mère:
- On va entrer par quelle porte?
- Par la porte du dieu.
- Alors, nous entrerons par la porte monumentale de
la cour des audiences, du côté des quartiers résidentiels
où vous habitez.
- Comment le sais-tu ?
- Mon père qui était le grand scribe
Babbu est venu chez vous. Il a dit à Maman qu'il y avait chez vous les
plus beaux meubles de marqueterie du royaume d'Ebla.
"Nous avions deviné le martyre de son père
mais jamais nous n'avons pensé qu'il était le grand scribe Babbu."
Comme c'est curieux songea le devin.
Après la traversée des faubourgs, la
caravane s'est présentée à la porte monumentale de l'ouest.
Bab constata avec surprise que les gardiens souriaient aux devins sans leur
demander des comptes sur les marchandises des ânes. Ils
furent accueillis par une haie d'honneur faite par les officiers de la garde
personnelle du roi Irkab Damu qui s'inclinèrent devant eux :
- Maîtres Devins, que le dieu Adad vous inspire...
Le messager espion nous a avertis de votre arrivée. Notre Grand Seigneur
vous a fait préparer un char magnifique pour votre retour à Ebla.
Il est décoré de sept étoiles d'or comme le chariot du
ciel. Le char a été garni de laine ce matin. Il est à votre
disposition quand vous le désirerez."
"Comme c'est curieux, la grande porte s'est ouverte
devant eux. Ceux qui font barrière au palais sont venus à leur
rencontre et se sont courbés pour eux. Les devins sont salués
ici comme des potentats du temple d'Adad, le grand dieu de l'orage de la ville
d'Ebla, le dieu personnel de mon Père."