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Le jour de mon départ, Ana Ba pleurait secrètement. L'eau
des larmes ne coulait pas mais ses yeux de bitume étincelaient
comme des obsidiennes. Nerveusement, elle attachait à mes chevilles,
deux cornalines enchâssées qui provenaient de son coffre.
L'une était d'un rouge vif comme une goutte de sang. L'autre,
rose comme le doux gisement des femmes.C'est ainsi qu'elle disait en
ajoutant que je ne connaissais rien à cela car j'étais
toujours planqué dans les jupons d'Inanna.
Ana Ba craignait pour moi les inquiétants désirs des Lamassus.
"Il faut barrer la route aux ombres des morts qui remontent parfois
de Kur." Voilà ce qu'elle ajoutait.
Mon petit père, le grand intendant
Ebih Il, est descendu de ses appartements
pour me dire au revoir. Je lui dis que j'apprendrai à manger
le savoir comme la nourriture d'un dieu et que je n'oublierai jamais
Mari, jamais...
- Que la Déesse Inanna t'accompagne dans ce voyage avec les devins,
que la Déesse Nisaba te protège dans tes progrès
d'écriture et que le Dieu Shamash qui regarde et juge les hommes
te maintienne sur le bon chemin. Mon fils, cette maison mienne sera
toujours la tienne. Un père ne donne-t-il pas à un fils
ce qu'il désire?
Ebih Il était agacé par la parade des
devins devant la populace qui gobait tout
ce qu'ils débagoulaient. Depuis plusieurs jours, en provenance
du harem, le bruit avait circulé que leur caravane était
en partance pour Ebla, par la route du désert.
Ce matin-là, la beauté des devins chevauchant leur monture
égalait leur richesse. Ils étalaient aux yeux de tous
leur supériorité hautaine. J'avais peur de prendre route
avec eux.
Mon petit père avait dit:
"Vous verrez, demain les devins vont se coiffer avec la tresse du dos
pour parader au devant des gobe-mouches crédules."
Je crois qu'il comprit mon désarroi. Alors, il me prit par le
bras pour me présenter au guide
de la caravane.
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Le premier jour, nous avons pris la route de l'ouest en laissant derrière
nous le promontoire de la ville de Mari. Parfois je remarquais que le
guide du convoi hésitait. Il cherchait un passage dans le damier
des canaux qui découpait les champs.
Parfois, je fermais les yeux en aspirant intensément des goulées
d'air frais. Les délices flottants du domaine d'Enlil abreuvaient
mes poumons et le dieu Shamash accompagnait notre voyage. Il riait fort.
Vers le soir on était en vue de l'oued de Mislan.
Le Dieu avait drapé son manteau rouge pendant que le cocher dirigeait
son char vers la grande montagne de l'ouest.
Mon père. Je pensais à mon père qui était
au pays de sans retour. Le Grand Ouest est beau, si beau.
Un troupeau d'éléphants a traversé la lumière
et le devin m'a dit :
- Scribouillard, regarde! Tu es comme le petit qui s'accroche à
la queue de sa mère. Tu reverras la tienne...Tu arriveras sain
et sauf à Ebla.
J'ai entendu l'autre répondre à mi-voix :
- Ce jeune gratte-tablette est trop maigre pour supporter un tel voyage.
Le guide avait raison mais il ne faudra pas compter sur nous pour le
porter.
C'est à ce moment que le guide, nerveux, a remarqué les
traces fraîches d'un lion. Il donna l'ordre de faire demi-tour.
J'étais inquiet d'être celui de la tête. Les devins
qui réfléchissaient toujours selon leur esprit de grand
maître des oracles n'allaient-ils pas s'armer contre moi?
J'éprouvais de la crainte. J'étais comme un animal effrayé
et j'avais peur devant eux.
J'ai aimé ce que le maître de la caravane m'a dit, le soir!
"Dans la brousse le lion ne dévore pas l'homme qui le connaît".
Parole de Bédouin.
104
Deuxième jour
A la halte de ce jour, le devin a été violent avec moi.
Il a encore débagoulé des inepties sur mon compte et il
a cassé ma jarre. Moi, j'ai répondu qu'elle était
vide de son contenu. Il fallait que je lui dise cela même si ça
ne devait pas être dit. Il fallait que je soulage mon coeur.
Sur notre route, nous avons croisé des troupeaux de moutons.
Parfois les Bédouins saluaient le maître qui leur donnait
du "mon frère".
Je ne comprenais pas.
Pourquoi notre maître aime-t-il ces gens de la steppe qui perturbent
les royaumes? Pourquoi donne-t-il du "mon frère" à ces
hommes?
Il échangeait avec eux des paroles dans un langage obscur.
Des femmes jeunes conduisaient des troupeaux d'ânes qui portaient
sur leurs flancs, des enfants, des agneaux, des paniers de victuailles.
Les filles riaient très fort en me regardant. Parfois, elles
m'appelaient "le non sevré des mamelles de ta mère".
Parfois, d'autres disaient "l'ignorant du goût de mon breuvage".
Le guide a bien vu que j'étais timide avec les filles. Il a plaisanté
en disant que je ne connaissais que les jupons d'Inanna.
A la halte, il a encore parlé des Bédouins comme s'il
les aimait. Le soir, nous avons été accueillis dans un
repaire de chasse de gazelles gardé par une famille.
" Mes frères, dit le Bédouin, que votre coeur ne soit
pas inquiet. Soyez contents, réjouissez-vous dans ma maison."
Je regardais les deux filles au Bédouin.
Elles étaient plutôt laides avec leurs cheveux hirsutes
et leur manière de cracher partout. Elles jouaient comme des
chiots à califourchon sur leur père. La mère raccommodait
des nippes à la lueur crasseuse d'une lampe qui fonctionnait
à l'huile de pierre.
Ça enfumait l'enclos. Mon coeur se dilatait à la vue de
cette scène familiale. Je me sens comme une outre vide depuis
que le Hurrite a dispersé mon nid.
107
Troisième jour
Aujourd'hui nous avons vu le gypaète et ce soir les devins ont
été très méchants car je ne sais pas écrire
le mot "entrailles".
Je leur ai pourtant proposé du change avec "tripailles" mais
ils n'ont rien voulu entendre.
Je crois que je les ai beaucoup vexés quand je leur ai dit ce
que mon père pensait. Leur face en était toute altérée
de ce que je leur avais planté. Pourquoi les devins sont-ils
méchants avec moi ? C'est curieux on dirait que quelque part
ils ont peur de moi.
Le maître est venu me consoler:
"Ceux qui se donnent des grands airs sont comme des lions dans un champ,
ils ne labourent pas mais ils gênent les laboureurs." Voilà
ce qu'il m'a dit.
Alors, moi j'ai averti le maître en lui disant que les devins
méditaient des forfaits par devers moi, que je me prenais de
bec avec eux, qu'ils me cherchaient noises, que je ne comprenais pas
car j'avais pourtant ressenti la crue du coeur quand je les avais vus
sur la piste la première fois.
110
Quatrième jour
Aujourd'hui, je n'ai pas trop la force d'écrire.
Ce matin la porte de la montagne de l'est est restée grande ouverte.
Les rayons lumineux sortaient des épaules du dieu Shamash. Le
cocher du dieu est grimpé tout là haut, là-haut
dans le ciel!
Notre maître ne trouvait plus les caches aux Bédouins.
J'ai terriblement souffert de la soif et les devins m'ont encore humilié
devant les autres.
Cette nuit je vais le dire à la déesse Inanna et au dieu
Sin... Et à tous les mille dieux du ciel que les devins m'ont
humilié devant les autres.
Je vais l'écrire à la déesse Inanna. Voilà!
Je vais l'écrire au dieu Sin.
Je vais l'écrire au dieu Shamash.
Et je mettrai ma tablette dans le ventre de la terre mère Ningursag.
Mais comment vais-je écrire le mot humilié?
113
L'étape de Tadmor
Après sept jours de marche, la caravane reprit le chemin sous
les encouragements du maître qui promit enfin Tadmor avant la
prochaine nuit. A la fin du jour, comme un joyau au coeur du désert,
nous avons reçu la promesse du maître.
Aussi lumineuse que l'émeraude des devins, la fabuleuse, la magnifique,
la palmeraie s'offrait au regard comme l'oeuvre d'un dieu qui effaçait
d'un coup la stérilité de la caillasse. Je ressentis les
frémissements de ma peau qui se hérissait et le tremblement
nerveux que me procure parfois la beauté des choses. J'ai demandé
au maître s'il existe un dieu au coeur du désert.
- Il y a des dieux partout où il y a des hommes, m'a-t-il répondu.
Le dieu adoré ici appartient aux Bédouins qui l'appellent
Yaribôl. Le dieu de Tadmor a son coeur dans le Bétyle au
milieu de la source Efqa.
Et moi, je lui ai dit :
- Tadmor, ça fait venir l'eau des larmes tellement c'est beau
.
Aujourd'hui, j'ai encore eu la crue du coeur pour les devins et encore
ils se sont moqués de moi.
"Scribouillard des dieux" c'est ainsi qu'ils m'appellent.
- Je n'ai pas besoin d'organe mâle ou femelle pour honorer la
déesse Ishtar. Je suis l'ânier des dieux et vous aussi,
les devins. Un jour quand je serai un grand scribe, j'écrirai
cette histoire. Voilà ce que je leur ai planté!
Je ne comprends pas pourquoi les devins sont si âpres à
mon égard. Ils sont entrain d'agencer quelque chose contre moi.
Je vais le dire au maître.
117
Deuxième jour après Tadmor
"Nanna Sin, Seigneur du diadème, tu brilles d'une éclatante
lumière à angoisser mon coeur.
Nanna Sin, tu as ta grande face pleine et moi, je sens encore le parfum
du devin. Je lui disais "encore".
Il s'est enfui en ricanant. Mais pourquoi riait-il?
Le devin a bravé le coeur profond du dieu Nanna.
Le devin? Mais quel devin?
Pourquoi a-t-il eu ce rire affreux ? Il était seul. Mais pourquoi
était-il seul?
C'est la première fois que les devins ne sont pas comme un homme
et un doigt."
Ce n'est qu'au matin que j'ai compris pourquoi le devin riait. Il a
volé ma tablette. Celle au scorpion. La formule est cassée...
Je ne peux plus guérir... Il m'a volé le don, il m'a volé...
Voilà!
Le maître était en colère. Il a dit à tous
ceux du voyage que dans le pays d'entre les deux fleuves, on coupait
la main des voleurs avec la hache du dieu Sin.
- Non, Maître, il ne faut pas faire cela.
Voilà ce que je lui ai dit.
Au soir, pendant que j'écrivais ma tablette à tous les
dieux, j'ai entendu:
- Que fais-tu scribouillard?
- Je suis en train d'écrire que j'aime un devin, mais je ne sais
pas vraiment lequel. Je n'ai pas de certitude.
Voilà ce que je lui ai répondu. Et j'ai ajouté:
- J'aime le plus gentilhomme mais je ne sais pas lequel car ça
ne se voit pas beaucoup!
Alors, j'ai creusé la terre avec mes mains et un bâton
et j'ai planté la tablette dans un trou près de puits.
Les devins ont croisé leurs yeux sombres comme le bitume.
Moi, l'ânier de la déesse j'étais debout, dressé
devant le ciel. Je priais les dieux pour que des hommes la trouvent.
119
Troisième jour après Tadmor
Les soirs où le maître ne trouvait pas de refuge dans les
parcs à moutons, on dormait à la belle étoile.
Le sommeil des hommes et des bêtes était alors confié
aux gardiens qui, tour à tour, surveillaient et entretenaient
le foyer, le temps d'une des trois veilles de la nuit. Au matin, le
maître inspectait les alentours du campement et cherchait à
lire les traces des animaux sauvages qui s'étaient risqués
auprès du camp. En le voyant faire, je me disais que cet illettré
savait lire les écritures du désert, ce que le grand scribe
du temple d'Uruk n'aurait jamais pu faire.
Un troupeau d'autruches flottait vers nous. Je contemplais le spectacle
comme un signe envoyé par la Terre, peut-être le cadeau
qu'elle me ferait un jour, d'un flot troublant de la beauté qui
monterait vers moi. J'avais fait confiance à Ningursag.
Pourquoi serait-on puni d'aimer?
Pendant toute la journée les devins étaient tendus et
nerveux. Ils me jetaient des regards sombres, alors que je tentais de
leur sourire.
En route, la caravane avait été alertée par le
bêlement d'un mouton. Le maître emmena la bête égarée,
marquée au sceau du gouverneur de la ville de Terqa. Vers le
soir, les devins dirent au guide qu'il fallait traiter le mouton et
prendre les augures pour connaître les dispositions du dieu Dagan
qu'on honorait dans la ville de Terqa.
- Le hasard a parlé en ce sens, dit Gugu Num, et le dieu Dagan
nous envoie un message.
J'ai détourné les yeux au moment de l'immolation de la
bête. Ensuite, ils se sont affairés dans les entrailles
du mouton. Quand ils se relevèrent de devant leur autel de fortune,
Num et Gugu croisèrent mon regard. Je n'avais rien inscrit sur
la tablette. Le regard des devins était noir, chargé de
bitume.
- Fais-moi le récit de ce qui te déprime enfant, dit le
maître.
Je lui dis que mon coeur était plein d'effroi, qu'ils avaient
conçu un vilain plan contre moi, qu'ils me cherchaient noises
et ils tenaient des propos infects à ne pas répéter.
- Enfant, regarde cette main, dit l'homme. Cette main mienne est tienne.
Si tu as un besoin, dis-moi ce que tu désires pour que je te
le donne. Si les devins te cherchent noises, il faut que tu m'en parles
et que tu soulages ton coeur.
Après le repas du soir, Gugu Num proposa à tous un breuvage
aux herbes qu'il prit soin de fabriquer et qu'il nommait "potion des
liens".
J'étais un peu habitué à flairer leurs turpitudes
et je me posais des questions sur ce mot que je ne reliais pas à
la chose.
- Potion des liens, ça ne veut rien dire, ai-je dit .
- Goûte d'abord scribouillard et demain je t'assure que tu trouveras
l'explication tout seul.
J'ai haussé les épaules et j'ai bu pour imiter les autres
qui s'abreuvaient naïvement.
122
Quatrième jour après Tadmor
Je ne veux pas l'écrire car c'est horrible ce qu'il m'ont fait.
Le maître leur a dit :
- Vous avez ligoté l'enfant à son insu et vous m'avez
fait franchir mes frontières. Ma main s'abattra sur vous si vous
continuez. L'homme de la piste vous dit qu'un jour vous verserez l'eau
sur les mains de l'enfant. Ecoutez donc un vieil homme qui vous parle
sans détours.
J'étais bien content qu'il leur cloue le bec mais le maître
s'est quand même fâché contre moi. C'est à
cause de l'agneau que je voulais toujours porter. La marche était
harassante. Des hommes avaient monté les ânes. Les branches
flexibles des buissons étaient terribles pour les ânes.
Les jambes des hommes étaient déjà griffées
et les miennes étaient en sang. Alors, le maître se mit
colère.
"Ça suffit comme ça maintenant" a-t-il dit en se plantant
devant moi.
Il empoigna l'agneau qu'il mit à terre, me jucha sur ses épaules
et reprit l'agneau dans ses bras.
Dans le désert, ce devait être un spectacle très
étrange. Pour traverser un champ d'épines, suivi par son
âne, un homme portait un garçon sur son dos et avait un
agneau dans ses bras.
Le maître avait de l'humour. Voici ce qu'il a dit:
- Devins, appelez le scribe, faites inscrire vos tablettes. Il faut
noter ce passage. En voilà un que vous ne traiterez pas, les
devins.
Les autres ont répondu:
- Tu sais ce qu'on fait des agneaux à Ugarit, vieil homme? On
fait macérer les intestins dans l'eau, on les dégraisse,
on les fait blanchir, ensuite on les coud ensemble et on les file pour
faire les cordes des instruments de musique. A Ugarit tu pourrais trouver
un bon prix de cet agneau, scribouillard et tu...
- Ce soir je vous parlerai et vous respecterez cet enfant, dit le maître
en l'interrompant.
127
Qatna
Moi, je l'écrirai dans tous les sens et non sens de l'écriture.
Je l'écrirai dans une liste:
|
Atnaq
Tnaqa
Tanaq
Qanat
Qatan
Aqant
Qatna
|
c'est là que je l'ai rencontrée, Elle, Cornaline.
C'est là que ....
Oh! comment écrire cela. Je dois apprendre à être
un scribe. Un grand scribe.
Quel bazar d'écriture : Je dois dire cela au maître.
Babilimaniere
J'ai fait la traversée vers le grand Ouest.
Je suis arrivé à destination avec le lever de l'étoile
Sirius dans la constellation du Grand Chien.
C'était un jour de tempête à ce que ma mère
disait.
Ce soir-là, les dieux étaient rassemblés dans un
coin de l'enclos.
Shamash s'était assis entre Jupin et le dieu Sin, dans la maison
d'Inanna. Ils se serraient les coudes. Ishtar, très grande reine,
s'agitait. Le Bibbou régnait en grand maître dans sa demeure
scorpionide. Il s'occupait de Marduk, qu'il obligeait à sonder
les profondeurs. Shamash semblait inquiet car il surveillait l'équilibre
de la balance. Il observait le porteur de foudre qui se déplaçait
sur la ligne du temps.
- C'est pour toi le temps fragile, suspendu, précieux, impitoyable.
Un moment déterminé par ta place dans le train selon que
tu t'assoies dans le wagon du côté de Guermantes ou du
côté de Méséglise.
Voilà ce qu'il m'a dit.
- C'est le lieu de ma mauvaise conscience car je voudrais être
unique et avoir choisi ou bien double mais satisfaite.
- Tu n'as jamais choisi Guermantes ou Méséglise.
- Lorsque je suis du côté de Guermantes je découvre
la vision de Babel au dessus de l'eau, mais je pense à la beauté
simplifiée du côté de Méséglise.
Mon regard appelé par Babel, en négligeant l'Euphrate
trahit l'essentiel. Et pourtant, lorsque je passe en regardant Méséglise,
je ne jouis jamais complètement de la beauté du fleuve.
Je jette un oeil à Babel.
Me serait-il interdit de me contenter de la simplicité?
je sais que la Dame qui s'avance sur le Pont tient dans sa main une
plume d'écriture.
- C'est le pont-aux-ânes, c'est le pont-aux-ânes que tu
dois traverser.
La route est difficile mais il faut commencer.
Je peux commencer le Livre de deux façons et je peux l'écrire
de mille manières et c'est ... essai... conte de fées,
conte des faits, compte des faits:
... ... ... ...
Bazar d'écriture.
Mais où est passée la déesse Inanna?
je ne vois plus les déesses.
Mesdames Touy, Sennoui,
Mademoiselle Karomama la belle,
Toi la grosse Lespugne,
Willendorf,
Mère Sireuil
et toi la petite Brassempouy.
Vous, toutes les femmes
Allumez vos torches! |
 |
Venez avec vos noms qui m'enchantent et vos histoires d'amour qui font
rêver l'humanité.
Continuez Nebmeroutef, continuez d'écrire, je vous dis...
Mes yeux vont briller comme le soleil unique d'Aket Aton.
Allons, mes soeurs!
allumez vos torches!
Que se passe-t-il dans les trous noirs de nos mémoires?
166
Je sens la nuit. Je flaire la nuit. Je goûte la nuit.
Au moment où je m'engouffrais dans le passage du métro
Sèvre Babylone, j'ai aperçu la lune.
C'est beau la nuit.
Elle était belle et pleine. Je calculais que ce soir là,
elle était en Gémeaux.
Je vois la nuit :
Dans le caniveau, il y avait ce morceau de journal laissant encore apparente
la publicité du parfum:
-Amour propre-Fierté d'une femme-
J'entends le train de nuit qui luit qui fuit.
Mon cerveau s'est éclairé de l'Héra du sculpteur
grec Chéramyès que je venais d'admirer au Louvre.
Cette statue pensais-je, semble avoir traversé l'histoire culturelle
des hommes.
Un sculpteur comme Modigliani ne l'aurait pas reniée. Et j'ai
souri en pensant à la liaison des choses. Les choses fonctionnent
peut-être comme les sons de notre langue.
Le mystère est-il dans le langage des choses ?
Notre quête d'adulte n'est-elle pas de savoir manipuler impeccablement
ce langage, en faisant impeccablement les liaisons?
Ma quête n'est-elle pas la recherche de cette perfection ?
Cette statue est-elle vraiment liée à nos identités
?
Comme je l'ai trouvé beau dans son habit vert...
Trou noir de nos mémoires!
- Vous, vous savez quoi?
Je l'ai gardé ce petit carnet vert... Je n'ai gardé que
lui, un échappé du temps...
Curieux ce petit carnet vert que j'ai rempli dans mon enfance avec des
listes de mots puisés dans le dictionnaire...
Oui, c'est vrai ça ! Depuis mon enfance, je me souvenais que
j'étais un scribe assoiffé de connaissances...
Il avait bien raison mon père en disant :
La vie se gagne en écrivant.